EPR de Flamanville : M. le Président, arrêtons les frais ! par Denis Baupin

Têtes de cuve de réacteur cc-CNRC

EDF a rendu publique hier une nouvelle – et probablement pas ultime – augmentation du coût de l’EPR de Flamanville de 2 milliards d’euros. On atteint dorénavant près du triplement du coût initial ! Et pour un chantier qui s’étalera encore au moins 4 ans, on n’en est sans doute pas au bout du compte. Déjà, avant même ces nouvelles augmentations, la Cour des Comptes évaluait déjà le coût du kWh produit par l’EPR comme supérieur à celui de l’éolien… et ce sans que soient correctement évalués les coûts induits sur les assurances en cas d’accident, les coûts de raccordement (ligne THT), de gestion des déchets, de démantèlement, etc. qui resteront probablement à la charge de l’Etat.

M. le Président, lors de la campagne électorale vous aviez indiqué deux réserves à la mise en service de l’EPR de Flamanville : le coût et la sécurité. Ne serait-il pas temps d’arrêter les frais ?

Et ce d’autant plus que les questions de sûreté de l’EPR sont loin d’être résolus : système de contrôle commande remis en question par les Autorités de Sûreté finlandaises, britanniques et françaises ; multiplication des défauts de construction qui ont conduit a plusieurs reprises a des arrêts de chantier de plusieurs mois ; non résistance aux risques de crash aérien ; non compatibilité avec les enseignements de la catastrophe de Fukushima…

A cela s’ajoute le crash de la filière nucléaire de l’EPR : retards et surcoûts similaires en Finlande, imbroglios en Chine, incapacité à vendre l’EPR ailleurs, et conviction dorénavant partagée que si l’EPR était finalisé en France il serait le seul de sa génération : un prototype sans lendemain.

Tous ces éléments avaient conduit Michel Sapin à déclarer le 31 octobre 2011 dans le Monde que l’EPR était un ratage industriel. Il avait plus que raison.

M. le Président, plus personne ne peut considérer raisonnable d’aller au bout d’une installation qui, si elle devait atteindre un minimum de rentabilité (bien illusoire) devrait fonctionner 60 ans ! Qui peut dorénavant miser un kopeck sur une telle hypothèse.

Alors, M. le Président, puisque le destin de l’EPR de Flamanville est déjà scellé, pourquoi ne pas arrêter les frais dès maintenant et économiser des milliards d’argent public dont notre économie a tant besoin par ailleurs ?

 

 

Denis Baupin

Vice-Président de l’Assemblée Nationale 

 

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